PARADISE | Maxime Riché

MENTION SPÉCIALE 2021 PARADISE Maxime Riché SYNOPSIS Le 8 novembre 2018, le mégafeu Camp Fire a ravagé la ville de Paradise en Californie en moins de quatre heures. Désastre le plus coûteux à ce jour, il a causé la mort…

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MENTION SPÉCIALE 2021

PARADISE
Maxime Riché

SYNOPSIS
Le 8 novembre 2018, le mégafeu Camp Fire a ravagé la ville de Paradise en Californie en moins de quatre heures. Désastre le plus coûteux à ce jour, il a causé la mort de 89 personnes et détruit 18 800 structures, forçant certains à l’exode à travers les Etats-Unis, plongeant de nombreux autres dans une précarité redoutable. Dans toutes les symboliques depuis le mythe prométhéen, le feu et sa maîtrise procurent à l’homme son pouvoir sur la nature et le distingue du reste du vivant. Mais les mégafeux n’épargnent désormais plus aucune région du globe : de plus en plus fréquents et incontrôlables, ils nous renvoient à nos fragilités et notre condition d’êtres mortels. Les flammes s’approchent désormais chaque année de Paradise, comme un défi aux divinités qui auraient investi cette ville-icône. Le North Complex Fire, l’un des plus grands mégafeux de l’été 2020, a brûlé à quelques miles de Paradise. Le Dixie Fire, actif de juillet à fin octobre 2021, s’est hissé au premier rang des plus grands feux de l’histoire de l’état, consumant 390 000 hectares. Il a débuté à moins d’un kilomètre du départ de Camp Fire trois ans auparavant, sur les mêmes collines inaccessibles quadrillées de lignes à haute tension qui fournissent leur énergie aux villes avoisinantes.

Je me suis rendu à Paradise en 2020 et à nouveau à l’été 2021 pour rencontrer ceux qui ont décidé de rebâtir leur « paradis » dans un lieu qui semble maintenant brutalement inhospitalier. Certains semblent pris au piège dans la construction d’une mythologie personnelle propre aux cultures pionnières de l’ouest américain, quand d’autres sont encore paralysés par le traumatisme vécu, incapables de fuir. Pour retranscrire de façon sensible leurs émotions et leurs vécus, j’emploie un film infrarouge dont les tonalités embrasées viennent ponctuer la normalité ténue d’une vie qu’ils essaient de reconstruire. Ces images, « flash-back » suggestifs de l’enfer vécu par les habitants de cet Eden déchu, servent à rappeler la mémoire des flammes gravées sur la rétine des survivants, telle une hallucination vécue quotidiennement alors qu’ils reconstruisent avec la peur du prochain incendie au ventre.

Naviguant aux frontières du documentaire et de la fiction, cette série située dans une ville nommée avec tant de symbolisme nous invite à considérer le sens originel du mot apocalyptique : la fable de Paradise nous laisse entrevoir le prochain lieu, l’Australie, le Brésil, la Sibérie, la Grèce, la Turquie ou un autre, qui devra passer par ce lent processus de cicatrisation après des catastrophes dont les causes sont, de façon croissante, humaines. Elle suggère notre séparation toujours plus grande avec la nature, notre hubris à vouloir aller contre elle à tout prix.

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